Balade aux sources des musiques créoles
Gwo-kâ, biguine, zouk, salsa, reggae, sega, maloya…

Avec le quintet Outremer
Récital
suivi d’un apéritif créole traditionnel

Là-bas, dans ces pays qu’on nomme créoles, tout est musique :
Le frissonnement des palmes, le murmure de la mer, le crépitement enragé de la pluie tropicale, et puis les rires, les galopades, les voix qui s’entremêlent dans le soir… Tout est musique.

Ces pays qu’on nomme créoles s’appellent Martinique, Guadeloupe, Haïti, Cuba, Jamaïque, Réunion, Maurice, Seychelles : gerbe somptueuse d’îles et de territoires déployée sur les deux hémisphères.

Là-bas, voyez-vous, la musique c’est la vie. On pourrait même dire qu’elle fait partie de la famille. Ses origines sont aussi riches, aussi complexes que celles du petit enfant créole qui fusionne en lui, sans le savoir, une âme tout à la fois européenne, américaine et africaine, une âme à nulle autre pareille forgée au creuset de l’Histoire.

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Au commencement était le gwo-kâ.
L’histoire commence au XVIIème siècle.

Les esclaves importés d’Afrique pour travailler dans les plantations mènent une existence très dure. Ils n’ont pour réconfort que la musique et la danse. Alors ils inventent des instruments, ils inventent des pas.

D’un vieux fût de rhum tendu d’une peau de cabri, ils font un tambour. Avec des calebasses évidées, des roseaux, des conques, des graines, ils créent des sons, ils improvisent des rythmes palpitants et sauvages.

Ainsi naît à la Guadeloupe la tradition du Gwo-kâ.
A la Martinique se développe une variante qu’on appelle le bèlè.

Il y a 2 sortes de tambour gwo-kâ : le Boula, plus gros, au son grave, soutient le rythme en continu. Le Maké, plus petit, plus aigu, improvise et joue en solo.
    
Il y a 3 types de gwo-kâ :
Les chants du travail
Les chants de veillée
Les chants et danses du dimanche
Et il y a 7 rythmes :
Le Léwoz, plein de langueur sensuelle
Le Tumblack, espiègle et pétillant


Le Kaladja, son des veillées mortuaires
Le Graj rythme les corvées domestiques
Le Woulé accompagne les travaux des champs
Le Padjambel scande la coupe de la canne
Le Menndé, âpre et frénétique, menait jadis les attaques de plantations quand les esclaves se révoltaient. Aujourd’hui, le Menndé parade au Carnaval

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Et puis, au fil du temps, les joueurs de gwo-kâ s’approprient  peu à peu les rythmes venus d’Europe : menuet, quadrille, valse, mazurka. De ce mélange va naître la biguine. Bientôt s’y mêleront d’autres influences : jazz de la Nouvelle-Orléans, rythmes du Brésil et de Cuba.

La biguine est la reine des touffé yenyen, ces bals populaires où l’on danse collé-serré, mais elle triomphe aussi dans les salons des planteurs huppés.
Ses instruments sont la clarinette, la flûte, la guitare, le banjo, le saxophone, la trompette, la batterie.

Après la 1ere guerre mondiale, la biguine débarque à Paris et connaît un succès foudroyant. C’est l’époque du Bal nègre de la rue Blomet, l’époque de Joséphine Baker, de Léona Gabriel, de Stellio et tant d’autres.

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A la même époque, le Compa se développe en Haïti. La Salsa et le Merengue
gagnent Cuba.

Les musiciens affectionnent la trompette, le saxophone, et les maraccas.

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Et puis apparaît le Zouk, mot créole qui signifie « soirée campagnarde ».
Le zouk brasse toutes les musiques antillaises en les modernisant. Dans les années 80, il connaît un succès mondial grâce à des vedettes comme Kassav et Zouk Machine. Puis comme toutes les musiques, le zouk ne cesse d’évoluer, de se diversifier. Le dernier-né se nomme kizoumba, mélange de Cap-Vert et d’Antilles.

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Pendant que se développent les musiques aux Antilles, d’autres prennent leur essor de l’autre côté de la planète, dans l’archipel des Mascareignes. Ce sont principalement le sega et le maloya. On les trouve aussi bien à la Réunion qu’aux Seychelles, à l’île Maurice ou à Rodrigue. Mais chaque île a ses variantes.

Aux Seychelles,  c’est le segakordéon, avec l’accordéon diatonique.
A Rodrigue, c’est le sega-tambou, qui rappelle l’Afrique
A la Réunion, le sega a évolué pour donner le maloya.


Le maloya se danse en ondulant des hanches. L’homme tourne autour de la femme. Tous deux fléchissent les genoux et descendent de plus en plus bas en se faisant face.
Les instruments de musique sont la ravanne, tambour en bois de goyave tendu de peau de chèvre, et la maravanne, boîte rectangulaire faite de cannes à sucre, remplie de cailloux et de billes métalliques.

On ne connaît pas avec certitude les origines du sega et du maloya mais il est facile d’y percevoir le tempo puissant de l’Afrique mêlé à l’empreinte des quadrilles français de jadis.

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En Jamaïque, le Reggae est roi.

Et c’est Bob Marley qui lui donne ses titres de noblesse. Il existait auparavant une musique populaire qui avait donné naissance au mento. Le reggae apparaît à la fin des années 60, influencé par le mento, le calypso, le ryhtm & blues,  le jazz, le ska,  la soul music, le rocksteady, sans oublier l’empreinte africaine toujours présente.

Le rythme caractéristique est à 4 temps.
Les instruments favoris sont la batterie, la guitare, le melodica, le chant Conga.
Les stars s’appellent Bob Marley, Jimmy Cliff, Peter Tosch, Bunny Wailer, les Gladiators et bien d’autres.
Le reggae a produit et continue de produire de nombreuses variantes, telle que le ragga qui s’inspire aussi du rap.

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Notre balade aux sources des musiques créoles  nous a conduits d’un hémisphère
à l’autre et va maintenant s’achever. Mais ce n’est qu’un au revoir, comme le dit la chanson martiniquaise.  Car le monde créole bouillonne d’énergie créative et la musique est son territoire. De nouveaux sons, de nouveaux rythmes, ne cessent
de naître et de se fertiliser mutuellement, franchissant toutes les frontières, tant
géographiques que culturelles.