Haïti mon amour
18, 19, 20 février 2010
Quelques jalons de la littérature haïtienne

Avant l'accession à l'indépendance, en 1804, existait une littérature écrite par des Blancs créoles, dont le principal est Moreau de Saint-Méry. Egalement des chansonnettes, saynètes, madrigaux. Les écrivains de la jeune nation voulurent s'émanciper de la tradition métropolitaine et développèrent une thématique nationaliste, héroîsante, traduite en alexandrins et en métaphores célébrant les leaders Toussaint-Louverture et Dessalines. Des poètes, dont Oswald Durand et Massillon Coicou, idéalisèrent la liberté reconquise, la couleur noire, le sol natal.

Après 1830, la voix haïtienne se livre aux désespoirs intimes du registre romantique, ce que l'essayiste Price-Mars nomme le "bovarisme collectif" des haïtiens. Ce courant, illustré par C.Ardoui et E.Vilaire, se poursuit jusqu'au début du XXème siècle, avec la célébration érotique de la "vénus noire". On assiste aussi à la floraison du roman réaliste: F.Marcellin, A.Innocent, J.Lhérisson
(La famille Pitite-Caille) critiquent âprement les moeurs politiques et la petite bourgeoisie urbaine.

En 1915, l'instabilité gouvernementale suscite l'intervention américaine, qui s'accompagne de brutalités et provoque un sursaut patrotique (L.Laleau: Le choc; J.F. Brierre, Le Drapeau de demain) .

En 1927, La revue indigène exige une littérature axée sur la vie haïtienne contemporaine, rustique et authentique. Price-Mars, dans Ainsi parle l'Oncle, indique comme sources d'inspiration les façons haïtiennes d'aimer, de haïr, de croire, ainsi qu'un folklore rural à prendre "comme un bloc", berceuses, contes, proverbes,  vaudou, traces multiples de l'Afrique. La revue Les Griots accentue ce mouvement. Les fondements de la "négritude duvaliériste" sont en place ( F.Duvalier: Eléments d'une doctrine.) Le poète noiriste Carl Brouard écrit: Tambour, quand tu résonnes, mon âme hurle vers l'Afrique. Le roman paysan devient majoritaire. Le "drame de la terre", les "semences de la colère", le "fonds des nègres", le vaudou, la savane, la plantation ou la petite boutique de quartier, inspirent J.B. Cinéas, M. Chavet, J.Roumain, auteur de Gouverneurs de la Rosée.

La littérature pousse ses ramifications dans l'épaisseur du tissu social, mêlant à sa façon l'origine amérindienne, la négritude dessalinienne et l'internationalisme prolétarien. J.Roumain écrit: Afrique tu es en moi, pourtant, je ne veux pas être de votre race, ouvriers paysans de tous pays. A cette luxuriance de contenu correspond l'expansion de l'écriture, le réalisme merveilleux, dilatant parfois la phrase jusqu'au maniérisme.

A partir de 1957, la chape tragique de la dictature transforme la littérature. Les oeuvres pathétiques de Phelps, G.Etienne, R.Depestre, R.Dorsinville, E.Ollivier, Frankétienne, parlent d'un pays-prison, cauchemardesque. Les écrivains s'expatrient. Au Québec. Au Sénégal. Aux Etats-Unis. En France. La veine thématique nationale -terroir, race, indépendance, peuple- fait place à un certain cosmopolitisme. Mais la vitalité reste intacte et les talents sont nombreux .
…Quelques ouvrages…

HAITI: Collection QUE SAIS-JE  N° 1955
Nicolas Rey: QUAND LA REVOLUTION ETAIT NEGRE, Karthala, 2005
Aimé Césaire: TOUSSAINT LOUVERTURE,Présence Africaine, réédition 2008
Wiener Kerns Fleurimond: LA COMMUNAUTE HAITIENNE DE FRANCE,L'Harmattan, 2003
Jean-Marie Théodat: HAITI/REPUBLIQUE DOMINICAINE,Karthala,2003
Leslie JR Péan: HAITI,ECONOMIE POLITIQUE DE LA CORRUPTION, Maisonneuve et LAROSE,2003

THEATRE
Aimé Césaire: La tragédie du Roi  Christophe,Présence Africaine

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La littérature  haitienne est particulièrement riche et contribue au rayonnement international de la langue française.

Jacques Roumain: GOUVERNEUR DE LA ROSEE, Mémoire d'encrier,2OO7
René Desprestre: HADRINA  DANS TOUS MES REVES,Collection FOLIO , Gallimard.
(Prix Renaudot)
Jean Metellus: AU PIPIRITE CHANTANT  ET AUTRES POEMES, Maurice Nadeau, 1996.
Un classique de la poésie, remarqué et annoté par  André Malraux avant sa parution en 1978..-
Danny Lafférière: L'ENIGME DU RETOUR, Grasset
Prix  Medicis 2009

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André Malraux a donné à la peinture haïtienne ses lettres de noblesse en l'incluant dans L'INTEMPOREL (Gallimard  ,1976).
Gérald Alexis: ARTISTES HAITIENS, Cercle d'Art, 2007
Belle introduction à cette peinture qui n'est pas seulement "naive".

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Par Edwige Danticat, lauréate du prix Mac Arthur 2009
Adieu mon frère
Le briseur de rosée


Le cri de l'Oiseau rouge
La récolte douce des larmes Brisquette et les serpents; conte de fée pour fille d'immigrants
Après la danse: au coeur du carnaval de Jacmel, Haïti 2004